8uvor7zdvec

Changer Montréal, une murale à la fois

À dos de taureaux, des enfants filent sur les murs pavés de fleurs jaunes. La ville a changé. Montréal a changé. Une murale à la fois. Les passants écarquillent les yeux. S’étonnent. Se réjouissent devant cette scène tout droit sortie du rêve d’un collectif citoyen et d’un artiste de rue : Mathieu Bories alias MATEO.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIERSTREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Dans son atelier, au sous-sol de la rue Lajeunesse, une œuvre se bâtit à l’abri des regards. Mais plus pour longtemps… Le jeune artiste prépare sa murale à coups d’ombres et de lumières. Au milieu des retailles de papier qui tapissent le sol, des enfants prennent forme sur d’immenses feuilles blanches.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

« Les enfants qui vont jouer dans la rue, ça va rester dans leur mémoire. C’est un truc positif. C’est de la couleur, de l’imagination : de l’art de rue, raconte Mateo, un sourire dans la voix. Ça me rend heureux. Ça me donne l’impression de participer à la vie sociale, de faire quelque chose de constructif. Si tu es tout seul à juste peindre des tableaux pour des galeries, tu ne partages rien du tout ! »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Son thé argentin garde son cerveau allumé durant les longues heures de croquis, de tracés et de découpages de pochoirs grandeur nature. Pour le commun des mortels, ce sont de simples lignes noires sur fond blanc. Dans la tête de Mateo, c’est pourtant un puzzle vivant qui prend forme lentement.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

« Les gens ne s’imaginent pas tout le travail qu’il y a derrière : on pense toujours que tu arrives devant le mur et hop, tu dessines et l’inspiration arrive comme ça, alors que pas du tout. C’est du travail acharné pour amener de l’imaginaire dans la ville grâce à un gros décalage culturel, explique Mateo en retaillant ses pinceaux. »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Son inspiration, il la puise au fil de ses voyages. Tels de petits passagers clandestins, les images tirées de magazines et de vieux bouquins qu’il a glanés dans des bazars du bout du monde l’accompagnent dans ses valises pour resurgir dans ses œuvres à la manière d’un souvenir onirique.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Au petit matin, valise à la main avec son portfolio de fortune, Mateo rejoint son mur où, il le sait, de longues heures d’intense création l’attendent, tant sur le plan physique que moral. Son croquis approuvé par la ville, par un comité citoyen et par le propriétaire des lieux, s’apprête à prendre vie.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

« Les gens se sentent plus en sécurité avec une murale et c’est toujours agréable quand tu te balades de pouvoir t’évader en voyant une murale qui te parle » raconte Virginie Frobert, chargée du projet « Murales » chez Tandem Rosemont-La Petite-Patrie. Sur les lieux, elle est venue soutenir Mateo, qui crée la neuvième murale de l’année.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Cette année, les comités de citoyens se sont mobilisés pour acheter du vernis anti-graffiti de qualité. Une fois la murale complétée, ils la recouvrent de ce produit pour la conserver et lui donner finit brillant, mais pas seulement. En cas de graffitis, il suffit de nettoyer avec de l’eau pour les retirer facilement.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

« Les résidents du quartier ont envie que leur murale devienne un espace de jeu, un espace où ils peuvent se rencontrer, créer des liens et favoriser un bon voisinage », nous explique Virginie, avec enthousiasme.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Perché sur l’échafaudage fourni par le propriétaire du mur, Mateo donne vie à son œuvre au gré de pochoirs, de bombes de peintures et de traits dessinés à main levée.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Un brin inquiet, mais ravi d’offrir une partie de son mur à Mateo, Mathieu Goulet, propriétaire de l’immeuble se confie : « C’est l’intérêt d’avoir des artistes qui ont déjà un nom et qui sont reconnus par les graffiteurs, ce qui fait que leurs œuvres sont plus protégées. Avec ton nom, on espère que cette œuvre d’art va rester belle », en s’adressant à Mateo, le regard plein d’espoir.

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Sur la rue, les gens s’interrogent : « ce sont des buffles ? des taureaux ? », chacun y voit des histoires et un message différent, mais tout le monde s’accorde sur un point : ça va changer leur quartier pour le mieux. Interrogé par l’un d’entre eux, Mateo répond : « Je ne sais pas si c’est des buffles ou des taureaux, l’important c’est que ça vous touche ! L’œuvre est à vous, elle est pour vous ! »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Une passante regarde disparaître les graffitis avec joie, s’exclamant : « Enfin, il va y avoir quelque chose de beau à regarder ! »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

C’est vrai que le graffiti a mauvaise réputation dans les commentaires des citoyens dans la rue. Mateo a une explication nuancée : « Le graffiti c’est vraiment revendicatif, c’est contre le système. Alors que l’art de rue, on fait quelque chose de beau à l’œil, qui plait aux gens et qui parfois est financé par la ville. On passe aussi nos messages, mais plus subtilement. »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

Les muscles endoloris, l’esprit embrumé par la peinture aérosol et les moments de doutes, Mateo est tout de même confiant et conscient de la condition éphémère de son œuvre : « C’est le cycle de la rue. Moi ça ne me dérange pas qu’on graffite sur mes murales. Seulement si on repasse dessus, je veux juste qu’ils cherchent à faire quelque chose de beau. »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

« Quand je passe devant une de mes murales, ça me fait sourire. Je me rends compte qu’il y a tellement de gens qui passent devant chaque jour, dit Mateo. Ça touche le public le plus large possible. C’est accessible pour tout le monde, toutes les catégories sociales confondues. C’est ça le plus intéressant de peindre dans la rue : démocratiser l’art et changer le quotidien de gens ! »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER

L’œuvre de Mateo est presque achevée à la tombée de la nuit. Les enfants imaginaires commencent leur chevauchée sur les briques de Montréal et touchent déjà le cœur des passants : « Dans une ville, c’est pas mal du chacun pour soi, se confie une résidente du quartier. Alors que là on marche et on tombe devant cette œuvre et ça nous fait réfléchir. C’est de la beauté à portée de main ! »

STREET ART MONTREAL MURALES PHOTOREPORT MICHAEL MONNIER




7h42-PARTAGE

glisse

Plus d'articles