L’Homme Goudron

Je marchais dans la rue lorsque je vis une épaisse fumée sortant d’une ruelle. Un son terrible de machinerie faisait écho sur les murs des bâtiments adjacents. Je ne pus ignorer ce qui se passait.

Je posai quelques questions au type qui se tenait à l’orée de la ruelle. Je crus qu’il avait un rôle à jouer dans tout cela. Il regardait la scène avec attention. Je lui demandai à quoi servait la machine et ce que faisait l’homme travaillant autour d’elle. Je ne comprenais rien à ce qu’il disait. Il marmonnait et le bruit de la machine couvrait le son de sa voix frêle.

Il dit quelque chose à propos de goudron étant pompé sur le toit. Il toucha aussi le côté supérieur de sa main, la flattant comme on prend soin d’une blessure. Je compris qu’il s’était déjà blessé en exécutant le même travail que le deuxième homme qui s’affairait à quelques mètres de nous.

Il fumait une cigarette. Par-dessus toute la fumée. Pauvres poumons.

Au final, il s’avère que c’était un itinérant, du moins, un seineur. Quelques jours plus tard, je l’aperçu, quêtant les passants qui sortaient de la société des alcools.

J’approche alors l’homme travaillant autour de la machine. Il mettait de gros blocs rectangulaires de goudron solide dans son énorme four crasseux. Une fois liquéfié, le goudron est pompé sur le toit via un tube d’acier, là où d’autres travailleurs l’étendent.

LOUIS GOBEILLE

Il nourrissait sa machine. Sans arrêt. Levant les blocs, les jetant dans un orifice et les mélangeant de temps en temps à l’aide d’une longue tige de fer.

En fondant, le goudron produisait une épaisse fumée. J’essayai de prendre une photo, mais j’avalai de la fumée de goudron. Ça doit être resté 2 ou 3 heures dans ma gorge et mes poumons.

Ce gars ne portait pas de masque. Il n’avait qu’une visière servant à protéger son visage des éclaboussures de goudron liquide bouillant. Et il doit faire ce boulot-là plusieurs fois par semaine. C’est sûrement nocif pour ses poumons.

Il me fit signe de la main, me suggérant de me placer de l’autre côté de la machine. Question de ne pas recevoir la fumée en plein visage. Alors je le contourne. Je prends mes photos et je pars immédiatement. Je ne pouvais plus supporter la fumée. Pauvres poumons.



7h42-PARTAGE

glisse

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